Et si nous avancions, sans être en compétition ?

Bonjour, 

Aujourd’hui je vous propose une sorte de petit essai sur l’engagement écocitoyen et mon propre ressenti. Cela fait longtemps que je désire vous proposer des articles de ce genre, j’espère qu’il y en aura d’autres.

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Cela fait un an que je suis engagée dans le mouvement de l’écoresponsabilité et un peu moins de temps que je suis devenue végétarienne.

En un an j’ai eu le temps d’apprendre beaucoup de choses sur ces causes qui me tiennent tant à cœur, mais également sur moi. Ces convictions nouvelles m’ont permis d’apprendre à mieux me connaître, découvrir qui j’étais vraiment et qui je voulais être, où je voulais aller. Mais j’ai aussi pu en apprendre davantage sur les gens autour de moi, mes proches, ma famille, mes amis. Au travers de réflexions anodines, de remarques, de questions, de comportements….

Et si j’avoue avoir beaucoup de chance, il y a quand même quelque chose qui revient sans arrêt : une espèce d’esprit de compétition. Qui sera le plus vertueux, qui défendra le plus la planète, qui y a pensé en premier, qui le faisait avant…. Et j’en passe.

Ma famille a très rapidement accepté mes nouveaux engagements et bien qu’ils aient parfois du mal à suivre tous mes combats, ils se révèlent très curieux et désireux d’apprendre. Ils sont parfois même très fiers de m’informer d’une de leurs découvertes ou d’une nouvelle pratique écocitoyenne.

Mis à part mon grand-père, les membres de ma famille sont très encourageants et ouverts. Ce dernier se trouve quant à lui bien moins enclin au changement et persuadé, comme beaucoup de sa génération, qu’à son époque tout était bien mieux et qu’ils n’ont rien à se reprocher.

Dans mon groupe d’ami(e)s également j’ai beaucoup de chance. La grande majorité de mes ami(e)s a également un pied (ou deux) dans ces questions environnementales (végétarisme, zéro déchet…) Et celles et ceux qui ne le sont pas sont très ouverts et toujours prêts à découvrir de nouveaux lieux écoresponsables, de nouvelles anecdotes… Et lorsque je transmets des informations alarmantes sur le climat ou l’écologie, ils sont à l’écoute et petit à petit deviennent vigilants à leur tour.

Mais aujourd’hui, je voulais parler non pas de l’entourage qui montre son soutien, mais des personnes qui font déjà plus ou moins partie de ces mouvements, de ces réflexions. Et je voulais montrer la terrible compétition qui règne au sein de combats pourtant si justes et équitables.

Il y a tout d’abord les compétitions intergénérationnelles comme j’ai pu déjà l’évoquer. Les personnes âgées ou bien les adultes qui vont se sentir offensés face à l’engagement de plus jeunes. Pour se déculpabiliser, ils vont expliquer que le tri, ils le faisait bien avant notre naissance. Qu’à leur époque le plastique n’existait pas, on ne polluait pas. On faisait bien plus attention ! C’est vous les jeunes, le problème, c’est vous qui avez fait ça.

Et même s’il y a une infime part de vérité, la pollution ne date pas de notre génération. Et le tri c’est bien, malheureusement c’est loin d’être tout. Cependant il est vrai qu’à l’époque de mes grands-parents la vie était plus simple, plus minimaliste.

Ainsi, je me suis souvent retrouvée dans une compétition malsaine avec mon grand-père. Lui expliquant ce qu’il faisait mal et lui me rétorquant ce qu’il faisait bien et ce depuis de années et que c’était largement suffisant, parce que certains font bien prie que lui en terme de pollution….

Avec le recul, je n’aurai jamais dû rentrer dans ce jeu malveillant, car la seule chose que ça produit c’est du mécontentement et de la perte de crédibilité.

Mais évidemment, lorsqu’on croit très fort à une cause, une cause vitale qui nous tient à cœur, il est difficile de ne pas se montrer pugnace dans ses avis, de ne pas être arrêté dans ses propos et quelque peu moralisateur à l’encontre de ses auditeurs.

Grâce à l’année qui vient de s’écouler et à tout ce que cela m’a fait comprendre, j’ai enfin pu prendre conscience de mon comportement à l’encontre des autres. Et je ne désire plus agir ainsi, je ne désire plus être celle qui fait la leçon, la « relou » des fêtes de famille, l’amie à qui personne n’ose plus parler, celle qui est toujours dans le jugement et la compétition. Malheureusement, le chemin entre la prise de conscience et l’accomplissement est long et semé de questions. Mais le plus gros est fait et je suis prête à l’affronter, car je ne le fais pas pour moi mais pour quelque chose de plus grand que moi, de plus grand que nous. Quelque chose qui nous dépasse et va nous rattraper.

Je me suis aussi retrouvée face à des personnes qui passaient leur temps à pointer du doigt la moindre de mes erreurs. Le moindre de mes défauts, chacune de mes failles…

C’est ce que j’aime appeler l’hypocrisie déculpabilisante. Des gens qui, pour ne pas avouer qu’ils ne pensent pas à l’écologie, à l’avenir, inspectent minutieusement ton comportement à toi. Ils pointent ainsi du doigt le moindre de tes faux-pas alors même qu’ils ne sont pas irréprochables.

J’ai souvent retrouvé ça chez des personnes qui n’était absolument pas engagées et dans ce cas, cette attitude est le fruit d’une réaction tout à fait compréhensible face à mon propre comportement moralisateur.

A force de m’entendre leur dire « Ceci n’est pas bien, cela non plus, tu ne devrais plus faire ça, ni acheter ça… » Les gens ont commencé, pour se défendre, à me rétorquer « Et toi, arrête le thé en sachet, ne prends plus l’avion… » Et ils ont raison. C’est aussi grâce à ce genre de réactions que j’ai pu prendre conscience de ma propre façon d’agir. Et je ne souhaite plus faire la morale aux gens dans l’espoir qu’ils prennent les bonnes décisions, mais leur montrer des voies et espérer qu’ils y réfléchissent et choisissent les chemins écoresponsables.

Seulement, là où cette hypocrisie déculpabilisante est la pire, c’est avec les personnes qui ont déjà un pied dans l’écocitoyenneté. Ce sont des personnes qui n’ont de cesse de dire « Tu fais ça…. C’est pas très bien, moi tu vois, je ne le fais plus. » Et là on se retrouve plongé au cœur d’une compétition intraorganisationelle. C’est-à-dire qu’au sein d’un même combat, à l’intérieur de pensées qui se rejoignent, on va trouver des comportements conflictuels. Des individus qui vont entrer en contradiction les uns avec les autres. Parce que « Tu n’es que végétarienne alors que moi je suis végane » mais personne ne commentera la fois où tu as mangé du fromage alors que dès que je pose les yeux sur un morceau de poisson, on me fusille du regard…

« Tu ne fais que ça… ? » Mais dans un combat, est-ce que chaque pas n’est pas aussi important que les autres ? Ne faut-il pas commencer quelque part ? Et puis changer ses habitudes, c’est difficile, pour certains ça prend plus de temps que pour d’autres. Alors même si l’urgence climatique nécessite de changer ses habitudes un peu plus rapidement qu’on le voudrait, Rome ne s’est quand même pas faite en un jour.

De plus, changer rapidement son alimentation ou sa façon de vivre est la plus simple manière de faire du mal à son corps et à son esprit. Il faut y aller pas à pas en commençant par ce qui nous semble le plus accessible.

Malheureusement, même si nos intérêts sont les mêmes et que la planète vaut bien plus que cette triste compétition à l’occidentale, nous passons quand même notre temps à nous comparer.

« Tu as vu, elle dit qu’elle est écolo mais son jean il vient de chez H&M, Zara…., elle a utilisé un mouchoir en papier, elle a un gobelet en plastique, elle mange encore des œufs… »

On est constamment en train de regarder ce que le voisin fait et de se dire « je fais mieux » ou encore, si toutefois on a le sentiment que ce n’est pas le cas «il fait plus mais il le fait mal… » Cet engagement écologique est alors purement égoïste et intéressé. On fait tout cela non pas pour l’environnement et par souci du vivant mais pour prouver aux autres combien on est généreux, altruiste… Combien on est le meilleur, le plus engagé, le plus inspirant. Et alors autant ne rien faire.

Combien de fois ai-je entendu « Tu n’es que végétarienne » Combien de fois m’a-t-on dit que je devais être cohérente et aller jusqu’au bout de ma démarche sinon autant tout arrêter. Pourquoi ? Pour qui ? Par rapport à qui ?

J’avance à mon rythme, je fais attention à mon corps, à ma santé, à mes désirs. Car avoir des convictions, aussi justes soient-elles, ne veut pas dire mettre en péril sa liberté et son bonheur.

Évidemment il est bien plus que possible d’être heureux en étant en accord avec ses convictions. C’est d’ailleurs même souvent le cas. Être en accord avec soi, ses pensés, ses combats, nous rend fondamentalement heureux, et ce même si on pousse l’engagement. Mais certaines choses peuvent entrer en contradiction avec nos désirs, nos rêves, nos envies. Alors il faut les manier délicatement et trouver des solutions plus douces qui restent en accord avec ce que l’on veut faire pour l’environnement et pour notre bonheur.

Je sais donc que je n’arrêterai jamais le lait de vache (mon addiction au chocolat est un réel fléau pour l’écologie) cependant en un an ma consommation de lait a diminué de moitié. Idem avec les œufs que je ne consomme presque plus. Il n’est toutefois pas nécessaire d’aller dans les extrêmes « J’arrête tout, maintenant ». Car alors, on est peut-être cohérent avec ses convictions, mais plus avec soi-même.

Combien de fois ai-je pu entendre également des gens dire qu’ils étaient pour l’écologie mais sans se soucier d’autres combats.

Alors je repense à cette phase de mon père « On ne peut pas aider tout le monde, il faut choisir ses combats » Et même si, dans le fond c’est tout à fait vrai, en réalité c’est une modeste façon de se dédouaner. « Je ne peux pas aider les migrants, j’en fais déjà beaucoup pour les pandas roux » « Les malades, oui c’est triste, mais tu vois moi je me bats déjà pour les droits des personnes en situation de précarité sociale…. »

En réalité, l’une des choses que mon engagement m’a apprises, c’est que tous les combats se rejoignent.

Cependant, là où mon père avait raison, c’est qu’on ne peut pas se donner à 100% pour chaque cause. Seulement, lorsqu’on s’intéresse à l’écologie, c’est comme si on s’intéressait à tout. Les causes se rejoignent, les mouvements sont tous liés entre eux par des fils invisibles. Et ces fils ce sont la cause de tous ces problèmes qui nécessitent qu’on s’en occupent : l’homme. C’est lui le lien, c’est lui la solution, c’est lui la cause.

Car lorsqu’on s’intéresse à l’écologie, on s’intéresse au vivant. Le vivant c’est la biodiversité, ce sont les écosystèmes, ce sont les végétaux, les animaux mais ce sont aussi les hommes.

Le personnes souffrant d’asthme à cause de la pollution de l’air ou la propagation des cancers due aux perturbateurs endocriniens ; Les enfants qui travaillent encore dans les usines dans certains pays pour nous faire des jeans ou des baskets ; Les hommes et les femmes maltraités et sous-employés pour coudre des survêtements ou pour récolter du cacao ; Les migrants qui fuient leur pays à cause des ouragans, des inondations, des températures qui deviennent invivables…

Tous les combats sont les mêmes et méritent autant notre attention. Et en effet, on ne peut pas s’investir autant dans chacun d’eux, mais il n’est pas nécessaire de choisir un combat car ils sont tous le nôtre. En revanche des petits gestes simples, écocitoyens, écoresponsables, permettent d’agir pour ces causes.

Alors il est important de comprendre que nous ne sommes pas en compétition. Nous n’avançons certes pas tous au même rythme, nous ne sommes pas tous aux mêmes étapes dans nos vies, nous n’avançons pas à la même vitesse. Mais l’important, c’est que nous avancions. Chaque pas, aussi petit soit-il, est un pas de plus. Chaque goutte apportée par le colibri sert à éteindre le grand feu de l’anthropocène. Car si chacun avance, si chacun apporte une goutte, si chacun donne une petite poussée, alors nous allons pouvoir aller tellement loin, éteindre cet incendie, tout renverser. Car « Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin » comme le dit si bien ce proverbe africain.

Et il ne faut pas juger le rythme des autres, l’ignorance ou les mauvaises informations. Les croyances trop ancrées ou les mauvaises habitudes. Il faut les prendre en considération, les regarder avec bienveillance. Il faut être à l’écoute et donner son avis simplement. Cessons la compétition, les comparaisons. Cessons d’agir comme l’Occident a toujours voulu qu’on agisse. Il ne sert à rien d’être le meilleur si c’est pour être constamment seul, autant être ensemble et faire mieux, plus loin.

Et même si chaque petit pas compte, il ne faut pas se laisser aller à penser que ce qu’on fait c’est déjà assez. Rien n’est assez, on peut toujours aller plus loin, creuser les questionnements, s’interroger, se remettre en question. On peut toujours faire autre chose ou s’améliorer. Pas forcément tous de la même façon, pas toujours les mêmes choses pour tout le monde de façon uniforme. Mais ce combat est si vaste qu’il y a bien un rôle pour tout le monde. Ce monde est si vaste qu’il y aura toujours une place pour chacun d’entre nous.

Cette année m’a permis de comprendre tout cela. De me remettre en question aussi. Et je vais continuer à le faire encore et encore et je vais creuser chacune de mes questions jour après jour. La perfection et l’irréprochable n’existent pas mais je sais que je peux atteindre cet idéal vers quoi je tends. Et si je n’y parviens jamais, au moins sera-t-il ce but constant pour lequel je me lève chaque matin, ce combat permanent qui me donne la force chaque jour d’affronter ce monde.

Écrire et réfléchir est toujours plus simple qu’agir. Je sais que ce texte proclame des valeurs que je ne respecte pas encore tout à fait mais maintenant que j’ai compris cela et que je sais ce que je vaux, alors c’est à moi de tout donner pour atteindre cette personne que je peux devenir. Cette personne engagée mais pas moralisatrice, qui se bat au quotidien mais qui n’est pas irréprochable, qui n’est pas parfaite et le sait mais qui fait tout pour s’améliorer. Mais pas par égoïsme, pas par intérêt. Mais plutôt par amour. Quand on commence à se sentir utile, à donner de soi, alors on reçoit beaucoup plus. Et ça fait tellement de bien. De sentir, de voir qu’on peut faire une différence tous ensemble. De donner et de recevoir sans rien attendre. De faire partie d’un tout tellement plus puissant que nous. De se sentir exister, non pas pour nous-même, mais pour offrir tout ce qu’on a en nous, et d’en ressortir plus vivant.

Le combat est long, infini, vaste mais chacun y trouvera sa place. Nous avons tous à apprendre, de nous d’abord, de la vie mais surtout des autres. Alors cessons d’être en compétition et avançons. Ensemble.

 

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Amita

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A propos Amita

Étudiante en lettres modernes, je souhaite travailler dans le monde du livre ! Jeune rêveuse, j'adore lire et m'évader entre deux pages jaunies, il m’arrive aussi d'écrire quand j'ai quelque à chose à dire, ou juste par amour pour les mots. La lecture c'est toute ma vie, ça et ma famille (mes trois sœurs d'amour pour qui je donnerai n'importe quoi) mon amoureux et mes supers copines (Manon, Marie et Victoire) C'est grâce à ces personnes que ma vie est ce qu'elle est. Merci.
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