Exister

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La nostalgie l’étreint. Une fois de plus. Elle pense à sa vie, passée et future, à ce qu’elle a fait et ce qu’elle ne fera jamais. Ça la rend triste de regarder en arrière, elle a l’impression de ne pas avoir vécu, elle a le sentiment de devoir rattraper le temps perdu. De tout faire vite et maintenant, pour ne pas perdre sa jeunesse, pour ne pas gâcher sa vie.

Elle ne voit pas le bonheur qui l’a accompagné, derrière elle, comme une ombre, elle n’entend pas les rires, elle ne voit pas les sourires et les étoiles dans les yeux des gens qui l’entourent. Elle ne ressent pas ça. Elle se sent seule, vide, triste.

Alors elle sort, mais ça ne suffit pas, elle s’ennuie, elle en veut plus. Elle pense que la vraie vie, ce n’est pas ça.

Alors elle boit. Mais ça ne suffit pas, elle veut boire plus, elle ne veut pus ressentir la peine, elle veut se sentir légère, libre, belle et désirable, elle veut avoir l’impression de vivre. Et elle y croit si fort, lorsqu’elle boit, qu’elle vit presque.

Mais ça ne lui suffit pas, alors elle s’oublie dans les bras d’inconnus, entre leurs jambes moites et sous leurs baisers humides.

Elle veut se sentir belle, se sentir sexy, elle pense qu’ils la désirent, mais seul l’alcool dans leurs veines la désire, désire ses formes pulpeuses, son corps chaud, sa bouche glacée qui insuffle la douleur.

Lorsqu’ils la prennent, lorsqu’ils l’embrassent fougueusement, elle se sent vivre, elle oublie la nostalgie, la tristesse, elle oublie qu’elle ne sait ni qui elle est ni où elle va.

Elle les goutte, s’offre à eux sans rien demander en retour, que le désir feint et la viscosité de leur fluide sur son corps.

Elle les touche, les contente et ça lui va, elle ne les aime pas, ne les connaît pas, elle ne les désire même pas. Ce qu’elle désire c’est vivre. Profiter de la vie. Elle pense que c’est ça, la vie. Le sexe, l’alcool, l’oubli. Le néant…

Elle en veut plus, alors elle en fréquente un plus longtemps, elle croit aimer et être aimé, elle se sent mieux, mais ça ne dure pas, elle en veut plus, encore. Elle veut tout, tout de suite. Alors elle les étreint dans le noir, dans l’herbe sale, les yeux grands ouverts, consciente de ce qu’elle fait mais pas de ce qu’elle est. Consciente de tout sauf du mal qu’elle sème autour d’elle.

Elle avoue, il la quitte, elle pleure, elle pense être triste, elle ne sait pas, elle ne sait plus. Il revient…

Mais ça ne lui suffit plus, elle veut vivre l’amour et faire l’amour, elle veut être heureuse et jeune, ivre et inconsciente. Elle ne veut que les avantages, mais elle ne comprend rien.

Elle ne comprend rien au sexe, à l’amour. A la vie.

Elle recommence, elle boit, elle fume, elle se sent jeune et folle, fiévreuse de vie, d’adrénaline, elle se sent indomptable, elle se dresse face à la douleur, face à la peine.

Elle croit combler un manque sentimental, un manque moral, par un présence physique. Elle croit si fort qu’elle est heureuse, qu’elle s’amuse, que pendant un instant, elle l’est vraiment.

Elle recommence, elle humecte ses lèvres sales, elle dépose des baisers, elle étreint des torses chauds et palpitants. Elle fait du mal, et surtout à elle, mais elle ne comprend pas, elle rit au nez des gens et se souvient de cette soirée dont elle ne souvient pas, elle s’en souvient en riant, puisqu’elle pense s’y être amusée, puisqu’elle pense avoir vécu.

Elle ne veut pas être seule, même dans la débauche, alors elle y va accompagnée, elle plonge dans les abysses de la souffrance main dans la main avec de pauvres âmes. Avec des gens perdus, tout comme elle, des gens qui souffrent aussi. Elle les entraîne dans le noir et la sueur en leur jurant qu’ils vont vivre, qu’ils vont sentir l’ivresse, la jouissance, qu’ils vont être heureux et vivant. Un soir, une heure, juste le temps de faire semblant. De boire et de ne plus s’en rappeler.

A quoi ça sert de croire qu’on est heureux si c’est pour ne même plus s’en souvenir ?

Elle pleure, elle est triste, elle est sale. Elle est vulgaire, dégoûtante, elle n’est rien.

Et filialement, elle souffre plus qu’avant. Alors elle se persuade qu’elle va bien, elle boit à nouveau, et elle y retourne.

Pour oublier qu’elle est sale, elle veut se sentir désirable, alors elle couche, partout, nulle part, avec n’importe qui. Elle se sent incroyablement attirante quand, dans les vapeurs d’alcool, ils lui demandent de faire l’amour dans l’herbe, derrière un buisson ou sur un banc. Elle pense que c’est séduisant, que c’est la vie.

Elle pense que le sexe et l’amour, ça ne va pas ensemble, quand on baise on n’aime pas, on est sauvage, vulgaire et ivre. Quand on baise on ne fait pas l’amour.

Elle vit, du moins le pense-t-elle.

Et elle regarde de haut les autres, ceux qui se sentent bien, dans leur peau dans leur vie, elle les regarde avec dédain en riant, elle leur dit qu’ils ne savent pas s’amuser, qu’ils ne profitent pas de la vie. Qu’ils sont ennuyeux, vieux, coincés.

Elle regarde ce couple qui s’aime depuis longtemps désormais, ce couple un peu niais et surtout très amoureux, et elle rit avec désespoir. Elle se rassure, elle se persuade qu’ils s’ennuient, qu’ils se morfondent dans la peine et la douleur, dans l’ennui et la monotonie.

Alors elle rit plus fort, elle rit encore plus pour qu’ils l’entendent, elle rit pour leur faire comprendre qu’elle est heureuse. Elle ne les écoute pas, ça l’ennuie toute cette niaiserie, cet amour qui dégouline.

Ce n’est pas vivre d’aimer, se dit-elle en repensant à ses soirées d’ivresse où elle a cru vivre en baisant.

Elle regarde cette fille, heureuse, qui sourit, qui sait qui elle est et où elle va. Elle la regarde et pendant un instant elle se sent triste, seule et vide. Alors elle reprend un verre et ne l’écoute plus.

Elle l’ennuie avec ses histoires d’amour, de faire l’amour par amour, de bonheur. Elle l’ennuie avec ses histoires sérieuses, elle veut du sexe, elle veut des rires, elle veut boire, oublier, rencontrer des inconnus qui la feront vibrer.

Elle veut se sentir exister. Même si pour ça elle doit s’oublier.

 

 

Amita

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A propos Amita

Étudiante en lettres modernes, je souhaite travailler dans le monde du livre ! Jeune rêveuse, j'adore lire et m'évader entre deux pages jaunies, il m’arrive aussi d'écrire quand j'ai quelque à chose à dire, ou juste par amour pour les mots. La lecture c'est toute ma vie, ça et ma famille (mes trois sœurs d'amour pour qui je donnerai n'importe quoi) mon amoureux et mes supers copines (Manon, Marie et Victoire) C'est grâce à ces personnes que ma vie est ce qu'elle est. Merci.
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