La mer – John Banville

9782264046888

Résumé : A la mort de sa femme, Max décide de retourner aux Cèdres, propriété du bord de mer et maison de son enfance. Tiraillé par le chagrin, la colère et l’insondable douleur du deuil, il se réfugie dans le passé, pour  » échapper au présent froid et à l’avenir encore plus froid « . Il y revit ces moments d’enfance, troublé et fasciné par la famille Grace : Constance, la mère séductrice ; Carlo, le père autocrate ; et puis les mystérieux jumeaux, Chloé et Myles, le garçon muet. II y revit aussi ce tragique événement qui marquera au fer rouge le reste de son existence…

 

Ma note : 14,5

 

J’avoue que le début a été laborieux, lent, long, dur. En fait, il s’agit d’une succession de souvenirs, il se rappelle sa femme, et sa mort, sa jeunesse au bord de la mer, des tranches de vie de famille mais aussi cette mystérieuse famille Grace. Ainsi le livre n’est qu’un concentré de souvenirs, de contemplations et de réflexions, il y a donc un peu de quoi s’ennuyer.

Les 15 dernières pages en revanche, sont très fortes, très impressionnantes et je pense qu’elles révèlent toute la beauté du livre, tout son mystère, malheureusement, il a fallu que je m’accroche durant les 200 premières pages.

Je tiens toutefois à nuancer mon propos, la lecture n’a pas été complètement désagréable, la plume est belle, les réflexions sont intéressantes, le style est sympa, c’est un bon livre, mais j’ai quand même eu un peu de mal à terminer.

 

Bien que longue, j’ai apprécié l’histoire, j’ai eu le sentiment d’être plongée dans un récit sombre peuplé de réminiscences, un peu à la Laura Kachischke. On y apprend la vie de cet enfant devenu homme et sa rencontre avec cette famille qui va changer sa vie, puis la mort de sa femme qu’il met en parallèle. En réalité, on a même plus l’impression qu’il la met au second plan qu’en parallèle, comme si finalement, le déclencheur de tout avait été la famille Grace et cet incident.

Incident qui d’ailleurs tarde tant à venir que je me suis même demandée si je n’étais pas passée à côté sans l’avoir vu comme un « incident », en fait il arrive dans les 15 dernières pages et il est très fort, poignant, il remonte le niveau du reste et nous laisse une marque dans le cœur.

Pour revenir très rapidement sur la vie du narrateur qu’on découvre, j’ai quand même été attristé (pas forcément en mal) de découvrir une vie sombre, triste, emplie de déceptions et de manque d’amour. On en vient à se dire « As-tu connu ta femme, as-tu aimé ta femme, aimes-tu ta fille, as-tu de bons souvenirs avec ta femme, ta fille ou tes parents ? » J’ai presque fini par me demander quand est-ce qu’il allait se suicider. Je pense que ça fait partie de la vie, je connais bien des gens qui traversent la vie sans connaître un infime instant de bonheur, et c’est bien triste, mais souvent c’est une question de vision, si on ne le cherche pas, si on ne le provoque pas un peu, on ne le rencontrera jamais, ce bonheur. Et pourtant, ça fait partie de la vie cette tristesse infinie et c’est aussi ce qui a fait le charme du personnage tout en faisant que je n’arrivais pas à le trouver sympathique.

 

J’avais en fait choisi ce livre pour son titre qui laissait supposer que le livre parlait de la mer, j’ai très vite compris que ce n’était pas le cas et j’en ai été un peu déçue, il n’y avait que de brèves références à la mer, quelques métaphores et puis voilà.

Mais c’est en refermant le livre, comme bien souvent, que j’ai compris le titre et où se cachait l’importance de la mer. Dans un premier temps, on peut simplement mettre en relation sa vie terrible et sombre comme le sont les profondeurs de la mer, qui restent fort troubles, mystérieuses et terribles.

Puis, on remarque que, que ce soit la mort de sa femme ou ce fameux incident, il les met tout deux en relation avec la mer, les métaphorise. Et ce que j’ai trouvé brillant, c’est que le dernier mot du roman, c’est celui-ci, celui qui donne son titre au livre « la mer. »

J’ai trouvé ça fort, intelligent et très poétique.

 

J’en arrive alors aux personnages et à leurs caractères. J’ai eu du mal à m’y attacher et à avoir de l’empathie pour eux, ils étaient tous beaucoup trop tristes, beaucoup trop sombres, ils ressemblaient (et peut-être est-ce l’effet souhaité) à une bande de fantômes qui peuplent les rêves du narrateur.

Je qualifierai même les personnages de cyniques, ils avaient tous ce petit sourire malveillant, ce regard méprisant et cette façon cynique de traverser la vie. En fait, il y a un mot repris plusieurs fois dans le roman et c’est exactement le sentiment qu’ils m’ont laissé « sardonique » : ils sont sardoniques.

Au final j’ai presque eu l’impression de lire un livre en noir et blanc tant le ton était sombre et peu chaleureux, même les souvenirs de joie étaient marqués de réflexions négatives, cyniques et acerbes parfois.

 

Pour finir, je vais saluer la très belle plume de l’auteur, pleine de métaphores, de souvenirs, de réflexions très profondes et que j’ai parfois trouvé très vraies (après certaines réflexions étaient assez sombres et celles-ci n’étaient pas de mon goût – personnel) il y a notamment bon nombre de réflexions sur la mort et le deuil qui m’ont profondément marquées.

Je trouve juste, et c’est dommage, que l’auteur fait trop de digressions, on a tendance à se perdre dans ses pensées, même si au final c’est peut-être un effet de style, pour représenter l’esprit tourmenté de l’homme en deuil, ça m’a un peu égarée.

« Peut-être la vie n’est-elle qu’une longue préparation au jour où nous la quitterons »

Pour résumer, et tenter de nuancer, bien que je me sois ennuyée, la fin m’a bouleversée et m’a laissé un souvenir fort et pénétrant. Et le récit, quoique très sombre, m’a plu et marqué par bien des aspects. Les personnages restent cependant méprisants et c’est une partie de ma critique que je n’arrive pas à nuancer. Pour terminer, la plume et le style de l’auteur sont merveilleux et on s’y perd.

Je conseille donc ce livre aux gens qui aiment la poésie, les récits psychologiques, un peu sombres, les récits contemplatifs et pleins de réflexions, or je le déconseille au fans de page-turner.

 

Amita

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A propos Amita

Étudiante en lettres modernes, je souhaite travailler dans le monde du livre ! Jeune rêveuse, j'adore lire et m'évader entre deux pages jaunies, il m’arrive aussi d'écrire quand j'ai quelque à chose à dire, ou juste par amour pour les mots. La lecture c'est toute ma vie, ça et ma famille (mes trois sœurs d'amour pour qui je donnerai n'importe quoi) mon amoureux et mes supers copines (Manon, Marie et Victoire) C'est grâce à ces personnes que ma vie est ce qu'elle est. Merci.
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3 commentaires pour La mer – John Banville

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  2. Gaëtane dit :

    Malgré l’avis mitigé, je vais peut-être tenter ce livre. En partie parce que j’aime beaucoup Laura Kasischke alors la comparaison avec cette auteure m’intrigue.

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    • Amita dit :

      J’avoue que mon avis est mitigé mais je me souviendrai de ce livre avec plus de positif que de négatif je pense
      Quels romans de Laura Kachischke as-tu lu, et aimé ? J’ai une préférence pour A Suspicious river et Un oiseau blanc dans le blizzard

      J'aime

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