[♥] La mer les emportera – Nick Dybeck

COUP DE COEUR ♥

1540-1

 

Résumé : Dans le Grand Nord américain, non loin de l’Alaska, les hommes de Loyalty Island partent chaque automne pêcher le crabe royal. Pendant plusieurs mois, ils bravent l’océan, au péril de leur vie, pour ramener ce qui permettra à leurs familles de survivre. Alors, quand John Gaunt, le riche propriétaire de la flotte, se meurt, c’est toute une communauté qui est menacée de disparaître.

 

Note : 18/20

 

Dans un premier temps, j’ai acheté ce livre parce qu’il y avait le mot « mer » dans le titre, et la mer/l’océan et moi c’est une sacré histoire d’amour, puis j’ai découvert l’intrigue, assez simple, au début, mais prometteuse…

En effet, l’intrigue, comme souvent chez 10/18, et assez simple, et largement renforcée par l’ambiance et surtout les personnages !

Pour commencer par l’ambiance, nous sommes embarqués (quel jeu de mot!) dans un genre de bourg pêcheur à Washington, au début, on est assez fasciné, comme le héros, du haut de ses 14 ans, on idéalise cette vie de marin, les habitants qui se connaissent tous, l’odeur de la mer et du sel, les soirées à parler entre marins et les histoires de pirates ! Bref, j’avoue que ça m’a fait rêver, mais très vite on comprend que ce n’est pas si tendre que ça, la mer, ça fait peur, on y meurt, on y perd beaucoup et on s’y perd surtout soi-même.

On grandit en même temps que le jeune Cal, et en même temps que lui on se rend compte que ce petit bourg est plus oppressant qu’autre chose, que l’océan est dangereux et qu’il nous change à jamais…

Pourtant, j’ai quand même adoré l’ambiance ! J’ai eu envie d’aller pêcher en Alaska moi aussi !

 

Mais plus qu’une histoire de pêche et de bateau, c’est surtout une histoire d’identité, de savoir qui nous sommes et où nous voulons aller.

Le héros pense au début, que c’est cette vie la qu’il veut mener, comme son père. Au fil du roman il découvre ce que ça implique et se rend compte de ce qu’il veut vraiment, il grandit énormément durant le récit.

Et au passage on peut faire une petit comparaison à Richard, comme si l’un était ce que l’autre allait devenir, ou plutôt comme si le deuxième était ce que le premier n’avait jamais réussi à être. Ils se ressemblent beaucoup mais l’un apprend des erreurs de l’autre, je pense.

 

« Les gens comme Richard, les gens comme moi, nous savons ce que nous voulons – nous ignorons seulement qui veut de nous. »

J’ai trouvé cette phrase magnifique, elle révèle parfaitement le sentiment global du livre, le héros à appris ce qu’il voulait en voyant Richard tandis qu’en observant son père il a appris ce qu’il ne voulait pas, mais cette phrase met aussi en évidence ce sentiment d’appartenance, dans les petits bourgs, où notre vie est plus ou moins toute tracée, mais qu’on comprend que ce n’est pas celle qu’on désire, alors on n’a pas sa place dans ce monde-là, mais on ne connaît nul part ailleurs et on ne sait pas où on aura une place. Alors on est perdu, on est ni d’ici ni de la bas.

 

Encore une fois dans les livres 10/18 on retrouve des personnages incroyablement forts, intenses et profonds qui évoluent et grandissent beaucoup au fil des pages. On apprend à les connaître, à les cerner, et pourtant ils restent imprévisibles parfois, comme de vrais êtres humains, après tout. C’est comme s’ils avaient leur existence propre, en dehors du livre, et que nous n’étions, finalement, que de tristes spectateurs de leur destin.

 

On assiste en fait à un vrai roman d’apprentissage sur le bien et le mal, les limites et frontières. Où le héros apprend et comprend ce que les gens sont prêts à faire ou non pour certaines raisons. Et où les gens qu’on pensait être des héros, sont en fait de simples hommes…

 

L’écriture est très belle, ça faisait longtemps que je n’avais pas repris une citation d’ailleurs ! L’auteur nous plonge dans l’eau glacée, nous met dans le doute : qui sommes nous, qui voulons nous être, est-ce ce que nous avons toujours pensé vouloir ?

J’ai vraiment adoré cette plongé dans le monde pêcheur, mais plus encore dans les pensées d’un jeune homme qui se cherche, tente de concilier ce qu’il pense avoir toujours désiré et ce qu’il comprend en grandissant.

Chaque personnage est très fort et a sa propre complexité mais le tout est renforcé par une très belle plume, qui met en lumière ce que nous désirons trop souvent cacher.

 

J’aimerai terminer en parlant du titre, j’ai eu du mal à le cerner, et vous devez savoir combien c’est important pour moi de comprendre le titre, finalement je suis parvenue à deux sens possibles :

  • La mer les emportera = la mer emporte tout ce qu’il y a d’humain en nous lorsqu’on y vit trop longtemps, l’eau presque noir, le ciel gris plomb, l’oppression. Ces hommes ne connaissent presque pas leur famille, ont une vie en équilibre précaire et forcément, ça les rend durs, froids, sauvages. Ça les change, les brise, les casse. Et pourtant, aussi dure soit-elle, c’est la seule vie qu’ils aiment, la seul qu’ils connaissent si bien. Mais cette vie est prenante, elle leur a tout pris, même ce qu’ils étaient.
  • La mer les emportera = lorsqu’on vit dans ce monde-là, on pense que c’est tout ce qu’on veut, en réalité, c’est tout ce qu’on a, tout ce qu’on connaît. Cal est perdu, au début, il pense que c’est ce qu’il veut et très vite il remet tout en question, le mer lui a pris son identité (et même son père, sa famille entière). Il croyait que c’était elle qu’il voulait lorsqu’il voulait une vraie liberté. Finalement, c’est toujours ceux qui rêve de plus grand, de partir, de plus loin, qui restent coincés entre cette vie qu’ils mènent et celle dont ils rêvaient, tandis que ceux qui désiraient cette vie, ou le pensaient, ont grandi, ont appris, sont partis, d’une façon ou d’une autre.

La mer les a emporté, d’une manière ou d’une autre…

 

Vous l’aurez compris, j’ai adoré, et surtout pour les personnages ! J’ai pris une calque incroyable en fermant ce livre !

« Mais qu’est-ce que je leur dirais ? Je ne trouve pas les mots. A moins d’imaginer toutes les étendues d’océan glacé sur la terre. A moins d’imaginer que je suis allongé sur le dos et que je m’enfonce dans l’eau striée par le soleil, que je descends à travers des bandes de couleurs, du ciel à la mer, du vert au noir d’encre. Je ne trouve pas les mots. A moins de m’imaginer noyé. »

Amita

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A propos Amita

Étudiante en lettres modernes, je souhaite travailler dans le monde du livre ! Jeune rêveuse, j'adore lire et m'évader entre deux pages jaunies, il m’arrive aussi d'écrire quand j'ai quelque à chose dire, ou juste par amour pour les mots. Je suis plutôt heureuse mais j'ai du mal à vivre, comme si je ne comprenais pas toujours la vie telle qu'il faut la vivre dans notre société actuelle. La lecture et l'écriture m'offrent alors deux échappatoires parfaites à ce monde, cette époque, et je me sens revivre.
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2 commentaires pour [♥] La mer les emportera – Nick Dybeck

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